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La Vache et l’irradié, lettre de Fernandel

Posted: mai 22nd, 2015 | Author: | Filed under: Coin lecture, Revue de presse, Textes en français | No Comments »

Les détecteurs de radioactivité suivants ont été soufflés par un vent mauvais incendiaire :
Brennilis, Salives-Morvilliers et Belleville-sur-Loire.

« Au lendemain de l’accident, la seule chose à laquelle j’ai pensé
a été de sauver des animaux. Maintenant, je ne peux plus arrêter. »
Naoto Matsumara (Metronews, 10 mars 2014)
Naoto Matsumara, Le Dernier Homme de Fukushima, est le promoteur
et le héros utile de la survie en milieu contaminé.
Il y a quelques décennies, c’était la vache qui sauvait le prisonnier.

Il y a deux raisons pour lesquelles ces détecteurs méritaient ce sort. La première est bien connue de tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’industrie nucléaire, la seconde l’est bien moins.
La première raison est qu’ils ne tiennent pas la promesse de la transparence, mais la seconde est plus décisive : elle relève de ce que nous promet la transparence. Ce sont ces deux formes de mensonge que ces destructions livrent à la publicité.
Les nucléocrates comme les antinucléaires savent bien que « l’unité de mesure supportable » par l’homme varie selon les besoins du moment de l’industrie nucléaire. Les premiers parce qu’ils organisent le va-et-vient des doses administrées, leurs contestataires parce qu’ils dénoncent ce mensonge quantitatif.
Les habitants des environs de Fukushima – y compris les plus fragiles – sont légalement exposés aux doses naguère prévues pour les seuls travailleurs des centrales, les circonstances posent la norme. Les appareils de mesure installés par les autorités japonaises l’ont été de telle sorte qu’ils reflètent une quantité d’irradiation minorée, cela oriente les dissensions entre écolocrates et nucléocrates vers un devoir commun de transparence.
Le régime d’habituation est à l’œuvre depuis le début de l’histoire de la radioactivité industrielle et médicale. Les études effectuées depuis Hiroshima et Nagasaki partent du principe que l’homme s’adapte à la dose, c’est la définition même du sievert. L’OMS écrivait dès 1957 : « Cependant, du point de vue de la santé mentale, la solution la plus satisfaisante pour l’avenir des utilisations pacifiques de l’énergie atomique serait de voir monter une nouvelle génération qui aurait appris à s’accommoder de l’ignorance et de l’incertitude et qui, pour citer Joseph Addison le poète anglais du XVIIIe siècle, saurait “chevaucher l’ouragan et diriger la tempête”. » On sait lesquels font les fous.
Après l’effondrement des réacteurs de Fukushima, l’opacité idéologique était telle qu’elle avait laissé apparaître l’absence d’informations. Spontanément, quelques citoyens comblèrent cette lacune en organisant des campagnes de distribution de détecteurs de radioactivité individuels. Quelques mois plus tard, leur combat pour l’accès de tous à l’information s’institutionnalisa sous la forme du CRMS (Citizen’s radioactivity measuring station) avec l’adoubement de la CRIIRAD. Ce sont les mêmes intentions qui guidèrent les pionniers de la contre-mesure en France. Aujourd’hui, de la Biélorussie au Japon, les effets pervers de cette volonté de transparence qui complète celle des nucléaristes finissent de se révéler, le problème ne serait plus l’atome, mais la dose.
Venons-en à l’aspect qualitatif du mensonge. Nous sommes habitués et il s’agit de nous résigner plus encore. La France est constellée d’appareils de mesure de radioactivité non pas pour nous protéger – un thermomètre ne fait pas baisser la fièvre ni ne refroidit un corium – mais pour nous rendre ordinaire la présence même du nucléaire. Leur dispositif consacre une attente collective. Ils condensent la certitude d’une catastrophe à venir en maquillant celle qui est déjà là, en régime chronique, sinon aigu. L’IRSN, l’ACCRO et la CRIIRAD, chacun à sa sauce, préparent les citoyens à devenir acteurs de la catastrophe le moment venu. L’écologiste chevauchera l’ouragan pendant que l’État dirigera la tempête. L’autre solution est évidemment que l’industrie nucléaire cesse. C’est la seule façon de rendre réellement les détecteurs de radioactivité à leur inutilité.
Plus généralement, qu’il s’agisse de la gestion de l’argent en période de crise économique perpétuelle assumée ou d’autres formes de nuisances morbides comme les pesticides, les OGM, etc., les normes juridico-techniques, volontiers participatives, régulent l’attente de la catastrophe. Les chiffres et les codes désignant les seuils de la qualité de la vie traduisent la réalité de sa dégradation. Nous sommes sommés de nous contenter de ne pas être déjà demain quels que soient nos malheurs d’aujourd’hui.
On n’arrête pas plus l’émission de radioactivité d’une centrale nucléaire en pétant un compteur Geiger qu’on n’arrête le passage du temps en cassant sa montre ou une horloge. Mais contrairement au temps, la radioactivité est lourde de certitudes.

Fernandel, 10 mai 2015

La lettre de Fernandel : fichier pdf à télécharger

Suite à un problème d’aiguillage en gare de Valognes, Fernandel n’a pas laissé d’addresse. Il a, en revanche, laissé quelques traces radioactives dans la presse, et un article qu’il lit à Marguerite les soirs de solitude.


10 jours pour enterrer l’Andra

Posted: mars 23rd, 2015 | Author: | Filed under: Piscine à déchets, Textes en français | No Comments »

CET ÉTÉ RAMÈNE TA PIOCHE !
ON A 10 JOURS POUR ENTERRER L’ANDRA

Pdf du texte mis en page à télécharger

Tapioche4La gestion des déchets nucléaires n’a et n’aura jamais de solution. Ils seront toujours là, que ce soit à 500 mètres sous terre ici à Bure, comme ailleurs. L’urgence n’est pas à leur gestion, mais à l’arrêt de leur production. Si l’industrie de l’atome et l’État souhaitent enterrer le problème aussi vite
que possible, c’est bien pour continuer d’en produire. Nous nous opposons à la destruction de nos lieux de vie, dans la Meuse comme ailleurs, ainsi qu’à la poursuite du nucléaire de tout temps.
Nous vous proposons de nous rejoindre à Bure du 1er au 10 août pour prendre le temps d’amplifier ensemble l’opposition concrète à CIGEO et son monde.

LE TOMBEAU DU NUCLEAIRE

Après un demi-siècle d’empoisonnement, l’industrie nucléaire n’a pas de solution face à la radioactivité des déchets nucléaires.  Partant de cette incapacité, l’État veut imposer l’enfouissement et ses méthodes toujours plus mafieuses : mascarade démocratique, accaparement des territoires, autoritarisme et violence.
Après s’être faite dégager de nombreux autres sites dans les années 80, l’Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs en France (ANDRA) s’est installée pour une étape de recherche dans le département de la Meuse, à Bure, depuis 1993.

Zone à faible population (7 habitant-e-s/km2), Bure est un endroit rêvé pour entasser les pires déchets de l’inhumanité. Depuis 2001 existe un laboratoire souterrain et en 2006, malgré la conclusion du Débat Public comportant des réserves sur le stockage profond, l’ANDRA projette de le convertir en un «  Centre Industriel de Stockage Géologique  » (le CIGEO).
Aucun déchet n’est encore là : le gros du chantier pour l’exploitation du site est prévu pour 2017 et les déchets devraient arriver en 2025.
Nous observons, qu’en plus du laboratoire expérimental, des centres d’archivage et d’une ecothèque (sorte de mémoire de l’état pré-nucléaire) déjà présents, des travaux connexes commencent discrètement à voir le jour : élargissement de routes, mise en réserve de terres par la SAFER, coupes dans les forêts alentours, etc.
En parallèle, tout un programme d’accompagnement industriel se déploie dans le sud-Meuse  : plateformes de transport de matières radioactives, plateformes de stockage pour pièces neuves de centrale, filières scolaires liées au nucléaire.

Les tentatives d’opposition légalistes ont toutes échouées jusqu’alors.
La pétition de 42000 signatures locales demandant un référendum, poubelle  !
La conclusion du débat public de 2006 qui comporte des réserves sur le stockage profond, balayée  !
Les arrêtés municipaux contre l’enfouissement, insignifiants  !

Tapioche1

Depuis 10 ans, au sein d’un réseau d’associations locales et nationales et en réponse à l’installation du laboratoire de l’ANDRA, une maison a été achetée avec l’aide des antinucléaires allemands, rénovée ensuite grâce aux dons et aux investissements personnels des militant-e-s de passage. Cette maison a vocation à être un lieu d’information indépendante, d’organisation d’alternatives énergétiques, ainsi qu’un espace d’accueil et de vie collective. Cette « maison de la résistance à la poubelle nucléaire » a permis aux individu-e-s et collectifs d’ancrer une lutte locale et de permettre la rencontre de nombreuses personnes en lutte.
Si les composantes historiques à Bure mènent sur le terrain depuis 20 ans un travail de sensibilisation, de réseau et de veille des agissements de l’ANDRA de très près, ce projet d’État avance. Pour aller au-delà des formes associatives d’organisation, il devient de plus en plus nécessaire d’agir  concrètement contre CIGEO.

POURQUOI NOUS NOUS Y OPPOSONS

Les déchets sont le problème insoluble de l’industrie nucléaire, on ne sait pas les faire disparaître, et ce pour des millions d’années. Leur gestion est le chaînon manquant du programme nucléaire français.
Que l’on soit pour ou contre le nucléaire, l’élite politique voudrait que chacun-e reconnaisse la nécessité de gérer les déchets. Ce n’est ni plus ni moins qu’une stratégie de dépolitisation de la question, sous prétexte de protéger les générations futures. Mais depuis quand l’industrie nucléaire serait humaniste  ? Si l’État et l’industrie nucléaire étaient cohérents, ils arrêteraient d’en produire de manière complètement schizophrène. Ça nous éviterait toujours de vivre avec les risques liés à l’existence des centrales et aux transports de matières radioactives.
Alors on nous dit « les déchets sont là », et oui ils sont là, et ils le seront toujours à 500m sous terre.
Enterrer la catastrophe ce n’est pas la supprimer  : nous ne sortirons plus du nucléaire. Nous ne voulons ni arbitrer ni «  proposer une solution  » au problème éternel que représente la gestion des déchets nucléaires, nous ne sommes pas co-gestionnaires, cela reviendrait à produire de l’expertise alternative bénévolement au profit des nucléocrates. Il ne s’agit pas de sensibiliser l’appareil techno-industriel et politique à une meilleure solution pour la gestion des déchets, mais bien d’arrêter la production nucléaire.
La moitié des déchets qu’ils prévoient d’enfouir ne sont pas encore produits… Les stockages actuels sont pleins, et il s’agit maintenant de cacher les déchets gênants et de faire de la place aux futurs déchets de l’industrie nucléaire. De brandir enfin une solution au plus vite afin de légitimer la poursuite du programme «  électro-nucléaire  ». Autrement dit de perpétuer la catastrophe.

CIGEO répond au même jeu de pouvoir que celui régissant les industries pharmaceutiques, agroalimentaires…

CIGEO, c’est aussi une opération de marketing vers l’étranger qui vise à donner au complexe nucléaire français l’image d’une maîtrise totale, depuis l’extraction de l’uranium, jusqu’au démantèlement des centrales. Se battre contre CIGEO, c’est combattre la politique énergétique française, qui veut faire de la France l’interrupteur de l’Europe et du Maghreb. Des EPR à l’enfouissement en passant par la THT, CIGEO est l’aboutissement d’une série de nuisances et de l’aménagement du territoire imposés par l’industrie nucléaire. Au-delà de bousiller une région entière, l’enfouissement vise à pérenniser la filière électro-nucléaire, partout, et ainsi assurer de beaux jours à la puissance d’État et au capitalisme. Faire miroiter la croissance avec l’extension du marché européen de l’électricité et des innovations industrielles du tout électrique : des objets connectés aux voitures électriques, aux réseaux intelligents, aux compteurs linky, tout ce beau monde qui nous promet la gestion et l’aménagement de notre cadre de vie.
Les flux de nucléides dégoulineront inéluctablement hors de Bure.
Voilà pourquoi nous nous opposons à l’enfouissement, à Bure comme ailleurs.

CIGEO nous concerne toutes et tous !

SE RASSEMBLER CET ETE A BURE

Le blocage du Débat Public de 2013 a permis de redonner un sentiment de force collective à la lutte. La mobilisation de nombreuses personnes opposées au projet localement, y compris de nombreuses associations, témoigne de la volonté de ne plus subir l’impuissance et la dépossession de la lutte face aux mensonges, à la corruption et aux consultations bidons.
Nous ne voulons pas juste informer mais inverser la balance : si ce rassemblement contribuera à mettre un éclairage sur la mobilisation à Bure, il sera surtout l’occasion d’actions concrètes.
Nous partageons depuis plusieurs années des expériences collectives et un commun dans nos pratiques : partage de savoir, recherche de notre autonomie, horizontalité des organisations, ouverture d’espaces dans lesquels devient possible l’expérimentation collective, bienveillance des un-e-s vis à vis des autres…
Venir à Bure n’implique pas d’être militant-e écologiste ou antinucléaire, mais signifie qu’on croit en la nécessité de s’organiser au-delà de luttes locales. Nous construirons ensemble un espace pour y vivre 10 jours d’échanges de pratiques, de discussions à propos des luttes d’ici et d’ailleurs et sur nos manières de vivre le collectif, dans un esprit anti-autoritaire, soucieux de parer à toute forme de domination.
On abordera la question des luttes actuelles (Bure, ZAD, NoTav, forêt d’Hambach…) et celle de l’évolution des formes de répression et des mouvement réactionnaires, afin de mieux anticiper la lutte à Bure et d’envisager des possibles communs. Cela sera aussi l’occasion de nous organiser en vue de la COP21, sommet climatique intergouvernemental prévu à Paris en décembre 2015.

Esquissons d’autres imaginaires pour nos vies…

vmc@riseup.net
https://campvmc.noblogs.org/

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Le CIGEO prévu à Bure représenterait 99% de la radioactivité française et ferait ainsi partie des projets européens les plus conséquents des prochaines années.  Le site d’enfouissement des déchets de Bure (à 500m sous terre) occupe 200ha de terre agricole, 200ha de forêt et une vallée comblée. A cela s’ajoutent 10 millions de mètres cube de déblais, 2 trains en moyennes par semaine pendant 130 ans. 50  % du volume concerne des déchets non produits ou des pays voisins. L’Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs (ANDRA) travaille au service du CEA, d’AREVA et d’EDF, parmi d’autres.


Assemblée générale Grand tEst à Bure

Posted: mars 24th, 2014 | Author: | Filed under: Piscine à déchets, Textes en français | No Comments »

Samedi 29 et dimanche 30 mars 2014
Maison de résistance contre la poubelle nucléaire de Bure

Invit-AGmars14Démarrage le samedi matin à 10 h avec le café puis une courte pléniaire avant de s’organiser en atelier sur les deux jours.

Repas à prix libre, boissons à vos bonnes initiatives, matelas présents, duvets à rapporter quoi qu’au pire y’a des couvertures sur place…

Celles et ceux souhaitant venir plus tôt et/ou partir plus tard sont les bienvenuEs.

Les véhicules comme leurs occupantEs doivent tenir compte de la forte concentration en poulet sur tous les chemins (y compris aériens) menant à Bure.


BURE : Clôture de débat par l’ACNM

Posted: février 26th, 2014 | Author: | Filed under: Textes en français | No Comments »

Clôture de débat

(version téléchargeable pour impression)

Un quarteron de ministres en r’traite connus pour leur sens extrême de l’État ont cosigné un appel pathétique dans les pages « Rebonds » du Libération du 15 octobre 2013 (texte lisible en fin de page, après les notes). « Nous assistons à une évolution inquiétante des relations entre la société française et les sciences et techniques. » Des « minorités bruyantes et, parfois provocantes, voire violentes » prendraient à partie de plus en plus de scientifiques, ce qui rendrait de plus en plus difficile de recruter des étudiants en physique, biologie, chimie, géologie. La perte de compétitivité de la France serait irrémédiable si ses petits soldats scientistes étaient ainsi découragés. « L’existence même de la démocratie est menacée (…) » Et nos quatre « sages » d’inciter les autorités en fonction à siffler la fin de partie et d’en appeler au soutien médiatique : « Nous appelons donc solennellement les médias et les femmes et hommes politiques à exiger que les débats publics vraiment ouverts et contradictoires puissent avoir lieu sans être entravés. » On sait où cela mène : le 31 juillet 1977, au soir de la manifestation de Malville, le ministre de l’Intérieur, Christian Bonnet, justifiait ainsi la répression policière au 20 Heures : « La France est, chacun le sait, une démocratie authentique et à ce titre les manifestations pacifiques y seront toujours acceptées. Par contre, la violence d’où qu’elle vienne ne peut être tolérée. »

D’une manière récurrente, comme à chaque fois qu’un projet (gouvernemental, scientifique, technologique…) soulève une opposition conséquente chez des individus qui agissent sans intermédiaires, les fonctionnaires politiques montent au créneau : cette fois-ci ils assènent que « la France a besoin de scientifiques techniciens ». Pour préserver les apparences démocratiques, le citoyen est invité à participer aux débats organisés par les experts d’État avec pour seul choix, celui de revêtir le costume de l’expert ou du contre-expert. Alors, haro sur « les minorités bruyantes et, parfois provocantes, voire violentes » qui s’efforcent effectivement de faire taire la propagande favorable au déferlement des trouvailles techno- marchandes : nanotechnologies, OGM, trou de déchets nucléaires de Bure, gaz de schiste, diffusion des ondes électromagnétiques…

Ces perturbations ont deux sens. D’un côté, elles renvoient la parole d’État à sa nature autoritaire. De l’autre côté, elles renvoient la parole citoyenne, qui n’en est que le reflet, à son inconsistance passive. C’est en toute cohérence que se manifeste ce refus des fausses discussions occupant réellement les lieux du désastre.

Après les campagnes contre les OGM et celle contre les nanotechnologies, c’est aujourd’hui celle contre Cigéo, à propos du projet d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure qui est en cause dans cet appel du quarteron. L’intervention des minorités stigmatisées a réussi à confiner la propagande scientiste et étatique dans le cadre risible d’un débat public secret. Face aux contestations conséquentes, le chapelet de rendez-vous prévus par la Commission nationale du débat public (CNDP), saisie par l’Andra (gestionnaire étatique de la poubelle nucléaire) a été annulé. La CNDP s’est finalement réfugiée dans son forum Internet. Ce débat s’avère donc soluble dans le numérique.

En faisant taire cette propagande, une activité démocratique s’est exercée, au sens réel d’une démocratie spontanée, soucieuse de la vérité et de la capacité de décision de ceux qui sont assujettis aux infrastructures programmées. Comment la mise en scène fonctionne-t-elle ? La parole politique des experts est émise en miroir de l’avis technicien invoqué auprès des citoyens censé représenter le point de vue général pour entériner les décisions déjà prises. Pour briser ce miroir déformant, il n’y a pas d’autre moyen que celui qui consiste à empêcher la propagande mensongère des lobbyistes et la « débatcratie » (voir l’encadré Méthode du discours en fin de texte) de s’imposer : Cigéo ne veut débattre que des modalités du tombeau à déchets nucléaires. Comme ils le disent eux-mêmes : « Faire participer, c’est faire accepter ».

Il faut aller voir ce que cachent les paroles lénifiantes de ces quatre vieux roublards du mensonge politique. Sous prétexte d’impartialité, ces partisans de la politique du fait accompli travestissent les conséquences épouvantables de la fuite en avant dont ils sont les zélateurs, notamment en matière énergétique.

Bure : une poubelle nucléaire pour un nucléaire décomplexé

La gestion de l’accumulation inexorable des déchets est d’ores et déjà programmée pour éviter l’engorgement de toute la filière. En France, elle l’est de manière géographiquement concentrée dans la Meuse, autour de Bure. À Void-Vacon se construit une plateforme de transit spécialement aménagée pour le transport des matières radioactives. L’uranium en voie d’enrichissement ou appauvri s’échange entre Pierrelatte (Drôme) et Almelo (Pays-Bas) et encore Pierrelatte et Lingen (Allemagne), centrale en train d’être démontée, et donc pourvoyeuse de déchets, voisine de celle Emsland, active jusqu’en 2020.

Le marché du combustible avance à bon train. Le va-et-vient de la plateforme de Void-Vacon n’est pas seulement destiné à la poubelle de Bure, mais aussi à l’avenir de la production mondiale1 de combustible nucléaire. Non loin de là, le site de Morvilliers étant saturé, un nouveau site de déchets dits à faible radioactivité est envisagé à côté du site existant de Soulaines. Pour que le nucléaire continue, il faut que la matière radioactive circule partout, avec une telle urgence qu’on voit dérailler des Castors montés sur des boggies des années 40, dans la gare de Drancy.

Le nucléaire militaire n’est jamais loin du nucléaire civil, il n’est donc pas loin de Bure. À Commercy, Safran promet une recrudescence d’emplois et de sous-traitance pour des moteurs d’avion, l’entreprise produit aussi le système de propulsion et de guidage du M51, missile nucléaire pour sous-marin. À Saint-Dizier, la base militaire, BA 113, est à vocation nucléaire, c’est celle du Rafale.

Extension du domaine de la radioactivité

Le nucléaire tient ses promesses. Le désastre de Fukushima s’avère être le moment où, visiblement, la société humaine est sommée d’accepter de vivre avec la radioactivité. La catastrophe a pris une telle ampleur que, dépassées par les événements, les autorités se sont résolues à, littéralement, « dépasser les bornes ». Incapable de déplacer les populations menacées, car selon les normes alors en vigueur, il aurait fallu, notamment, évacuer la ville de Tokyo, aujourd’hui, le gouvernement japonais, plutôt que d’assurer la survie des exilés, les incite financièrement à rentrer chez eux où la décontamination est si impossible que la normalisation, déjà passée de 1 à 20 mSv/an, est admise en « zones de retour indéterminé » au delà de 50 mSv/an, pour des durées courtes et contrôlées, comme l’observe Cécile Asanuma-Brice2. Ainsi, devant l’accumulation sans fin d’eau contaminée, récupérée de l’arrosage des réacteurs éventrés – des centaines de milliers de tonnes – Dale Klein, membre du Comité de surveillance de Fukushima, appelé par Tepco comme autorité indépendante et ancien président de la NRC, Commission de régulation nucléaire des États-Unis, propose de diluer le tout dans l’Océan pacifique, tout en garantissant une technique de filtrage de césium et de strontium3 qu’il faudra bien mettre quelque part.

Les autorités bureaucratiques nous préparent à nous faire vivre dans les zones contaminées en appliquant le principe suivant : le changement de la norme change l’apparence de la réalité en changeant la réalité de l’apparence, pour ne pas, évidemment, changer la réalité.

Du fait de ses dimensions spatio-temporelles si éloignées de l’échelle humaine, de l’irréversibilité du processus de désintégration, qui rend la décontamination impossible puisqu’elle ne consiste qu’en un déplacement des déchets, et de ses aspects inapparents, le nucléaire impose une approche fataliste quant à ses effets. Roger Belbéoch en écrivant dans Société nucléaire, en 1990 : « Les données statistiques de mortalité deviennent un matériau stratégique important pour la gestion d’une société nucléaire. Il est réaliste d’exiger des mesures sérieuses (…), d’exiger qu’on nous mette en fiche dès notre naissance et même avant, d’exiger une autopsie après la mort afin de connaître la charge corporelle de certains radioéléments comme le plutonium… », montrait comment, par sa seule existence, l’industrie nucléaire livrait les hommes aux statistiques.

Il n’y a pas de seuil pour le cancer

Pour que tout puisse continuer jusqu’à perpète, il faut que cette situation soit normale. Pour ce faire, il faut que les seuils de mesure concoctés par les experts nucléaristes le prouvent et, par conséquent, ils jouent sur les unités de valeur.

Les seuils ont été créés et sont déterminés par les bureaucraties des organismes internationaux (CIPR, UNSCEAR, BEIR, etc.)4. Ils sont responsables de la continuité de la société en fonction du principe coût-bénéfice-risque.

Il n’y a pas lieu de se laisser hypnotiser par le yo-yo des signes de dangerosité codifiés par la CIPR, qui recommandait, selon sa publication publiées en 1991, de réduire le seuil de 50 mSv/an à 20 mSv/an pour les travailleurs du nucléaire et à 1 mSv/an pour les populations, avec 5 mSv/an en situation d’accident. Que les autorités ministérielles japonaises aient généralisé la norme de 20 mSv/an à tous le 22 avril 2011 n’est pas étonnant.

Ce flou savant avance que rien n’est grave en dessous de 100 mSv/an puisque selon l’expertise de la CIPR : « Aux doses supérieures à 100 mSv/an, il existe une probabilité accrue d’effets déterministes et un risque significatif de cancer. » Pourquoi « 100 » ? Ce chiffre est la limite symbolique en dessous duquel les masses ont été jugées gouvernables par les nucléocrates. Qu’en dessous d’un certain chiffrage les risques soient amoindris est une tautologie. C’est aussi vrai pour « 100 » que pour n’importe quelle autre valeur. Ce que marque réellement cette limite n’est pas une précaution sanitaire, mais les conditions sous lesquelles les populations sont gérables aux plans politique et économique. Ce ne sont pas de personnes malades dont parle la CIPR 2007, mais de « fantômes numériques » : d’hommes et femmes envisagés comme réceptacles moyens du risque potentiel. Il ne s’agit ni de les soigner ni d’encourager un exode nécessaire, mais de déterminer une toise rendant la morbidité et la mortalité socialement invisible. De quoi meurt un fumeur hypocondriaque japonais ? Hors des situations où la contamination est intense et brutale, la radioactivité diffuse tue assez lentement et de manière assez diverse pour que cette question soit noyée dans le registre de l’exégèse médicale. Ces normes existent pour que les existences ne cessent pas d’être administrées. À partir de n’importe quelle dose, les autorités pourront toujours nous dire qu’au dessous les effets sont moins accrus et les risques moins significatifs. Et pourtant ils existent ! C’est précisément parce qu’il n’y a pas de limite qu’il ne reste que la mesure.

Au Palais de la Découverte, où l’Andra relaie ces jours-ci sa pédagogie : « on parle de faibles doses lorsque les doses d’exposition sont inférieures à 100 millisieverts. Au-delà de cette dose, on sait que les risques de cancer augmentent. En dessous de cette dose, aucun risque de cancer n’a pour l’instant pu être observé par les nombreuses études menées. » L’Andra relativise son point de base fétichisé de 100 mSv/an : « Des recherches sont menées sur les autres effets sur la santé qui seraient liés aux faibles doses. Par précaution, on considère que ce risque existe et qu’il est proportionnel à la dose reçue, même pour de faibles doses. » Par précaution, le bourreau aiguise sa hache.

Mesurer la radioactivité n’est pas un acte antinucléaire. Si certaines mesures peuvent montrer la présence de rayonnements radioactifs là où ils sont niés ou volontairement sous-évalués par les nucléocrates, ces révélations ne dépassent pas le registre de l’information. Prendre connaissance de la morbidité de ce processus de production énergétique sans s’en remettre aux autorités, en quelque sorte librement, par exemple en achetant un dosimètre à la Criirad, ne contribue qu’à se faire une image du danger. Que cette image soit plus réaliste, plus précise et moins mensongère que celle que les autorités fournissent à l’intention des masses ne change rien aux relations de pouvoirs auxquelles chacun est assujetti. Consacrer plus d’efforts que nécessaire à cet éclaircissement d’ordre quantitatif, a fortiori s’y spécialiser, peut générer un état d’hypnose. Le Léviathan n’est pas moins puissant s’il est contemplé avec dégoût plutôt qu’admiré.

Toute participation à cette schizophrénie de la mesure s’intègre, d’une manière ou d’une autre, à la cogestion. Pour éviter que la catastrophe ne pétrifie nos imaginaires en imposant ses effets à nos consciences, quand ce n’est pas à nos corps, il nous faut ne pas quitter des yeux les causes, les moyens et les mobiles qui orientent la nucléarisation du monde. L’« innovation » et la « liberté de créer » desquelles se réclament les ministres au motif de la démocratie n’est que la perpétuation de la dynamique soumettant l’ensemble des aspects de l’existence à la production exponentielle de marchandises.

Seule l’attaque contre cette schizophrénie pourrait permettre aux hommes de trouver un chemin pour sortir de ce cauchemar. Nous ne sommes pas des mesureurs !

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Méthode du discours

Une rapide comparaison entre deux livres récents peut faire comprendre les règles du débat reconnu.

À ma gauche la gentille Sezin Topçu auteure de La France nucléaire. L’art de gouverner une technologie contestée ; à ma droite le méchant Alexandre Moatti, auteur de Alterscience – Posture, dogmes, idéologies.

Sezin Topçu forge le néologisme de « débatcratie » pour constater la vacuité volontaire des procédures de dialogue imposées par les dispositifs des « débats publics ». Mais, bien que son juste constat révèle la stratégie étatique intégrant la partie «  contre-expertisante » de la contestation dite écologiste en France, cette sociologue, formée à croire qu’il y avait de l’histoire mais qu’il n’y en a plus, rêve de la possibilité même de ce qu’elle constate comme étant impossible puisqu’elle participe elle-même à la « débatcratie » qu’elle dénonce via la fondation Sciences citoyennes et sa promotion de lanceurs d’alerte.

À l’opposé, Alexandre Moatti dénonce un complot contre la science. Ce conseiller scientifique du site science.gouv.fr dresse une ligne Maginot contre « l’alterscience », sorte de Protocole où l’ultragauche côtoie Lyndon LaRouche. Dans le n° 292 de Science… et pseudo-sciences, revue de dogmatiques scientistes, il expliquait déjà, fin 2010, son concept Licorne : « Plus que leur contestation des résultats scientifiques, leur contestation de la démarche scientifique elle-même nous semble fort inquiétante. […] l’alterscience, plus diffuse et moins visible que les pseudo-sciences ou l’ésotérisme, constitue néanmoins un des fronts ouverts dans les rapports actuels difficiles entre science et société. » Toute ressemblance avec la première phrase de la communication quadricéphale ministérielle...

L’enjeu de ces faux débats consiste à générer des discours spécialisés à l’intérieur d’une apparence de consultation générale en orientant les discussions sur les aspects techniques. Cela génère un opposant sérieux comme Bertrand Thuillier : dont la critique contre-experte s’achève par cette expression paradoxale « un système vivant ! » et par cette question qui ne met rien en cause de la chaîne de production nucléaire : « Cigéo : solution unique ? ».

Le citoyen n’est personne : il est une des abstractions qui dessaisissent les personnes des moyens d’intervenir dans leur propre existence. Il est le masque démocratique de ces abstractions.

Paris, le 3 février 2014,

Association contre le nucléaire et son monde,

acnm@no-log.org

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STOP-CASTOR 2011 : Solidarité avec les militantEs poursuiviEs par AREVA!

Posted: février 25th, 2014 | Author: | Filed under: Sur les rails, Textes en français | No Comments »
Reprise de l’article en français de l’Écureuille (http://blog.eichhoernchen.fr/post/solidarite-avec-les-militantes-poursuivies-par-areva)

Un premier retour du début du procès (pour les germanophones uniquement, mais la traduction viendra : http://nirgendwo.info/blog/2014/02/25/prozess-gegen-atomkraftgegner_innen-in-fulda-ausgesetzt/)

 

Deux MilitantEs antinucléairEs sont pousuiviEs devant le tribunal de Fulda en Allemagne par AREVA et la société de chemins de fer allemande Deutsche Bahn.L’accusation porte sur une action contre un transport de déchets nucléaires CASTOR qui en provenance de la Hague, se dirigeait vers Gorleben (nord de l’Allemagne) en novembre 2011. Les militantEs avaient pour protester contre ce transport escaladé des arbres et accroché des banderoles. AREVA a porté plainte contre deux militantEs, leur reprochant une dégradation faite à l’aide de peinture sur le train de déchets radioactifs. Les dégâts n’ont pas même été chiffrés, aucune facture n’a été portée par AREVA au dossier.

L’action a démontré que les transports de déchets nucléaires ne sont en rien protégés contre des attaques extérieures. Si des militantEs non-violentEs peuvent l’atteindre avec de la peinture – ce qui est reproché aux militantEs accuséEs à Fulda -, que se passerait-il si des personnes moins bien intentionnées, des terroristes par exemple, s’en prenaient à un transport de matières hautement radioactives ? Quel beau plan anti-catastrophe !

Bien sur, ce ne sont pas les responsables d’AREVA qui seront jugés par le tribunal de grande instance de Fulda le 25 février 2014, mais les lanceurs d’alertes antinucléaires.
Le groupe de soutien “Fuldatalsperre” aux accusés appelle à un acte de solidarité :

Protestez auprès d’AREVA et du tribunal de Fulda!

Voici quelques propositions de fax à envoyer

  • Action fax à l’adresse du TGI de Fulda

PDF sur fond blancsur fond noir, Il suffit d’ajouter ses coordonnées et de faxer…

L’adresse pour celles et ceux qui veulent donner libre court à leur imagination:

Amtsgericht Fulda
Königstraße 38
D- 36037 Fulda
Fax 0049 6619242400

numéro de dossier:  22 Ds – 11 Js 23080/11

  • Action fax à l’adresse d’AREVA

PDF AREVA-sur fond blancAREVA sur fond noir

l’adresse pour celles et ceux qui veulent donner libre court à leur imagination: :

AREVA / TN International -
à l’attention de Mr. Hughes Blachère
1, rue des Hérons
F – 78180 Montigny-le-Bretonneux
Fax: 0134965450
numéro de dossier:  22 Ds – 11 Js 23080/11


Pour rappel, monsieur Hughes Blachère, auteur de la plainte à l’encontre des deux militantEs n’est pas un inconnu puisqu’il était directeur d’AREVA Tricastin lors de la fuite de 75 Kg d’uranium dans la nature sur ce site…

Pour plus d’informations : (en allemand)

page du groupe de soutien
Blog du groupe d’action (avec photos, etc.)